La musicothérapie

Comme nous l'avons déjà vu, la musicothérapie est utilisée depuis toujours. C'est ainsi qu’au cours du temps, l'utilisation de la musique à visée thérapeutique est devenue un objet de recherche qui aboutit en 1972 à la création d'une première association de musicothérapie.

D’après l’Association Française de Musicothérapie, nous pouvons dire que la musicothérapie est une pratique de soin, d'aide, de soutien et/ou de rééducation qui consiste à prendre en charge des personnes présentant des difficultés de communication et/ou de relaxation.

Il existe différentes techniques de musicothérapie, adaptées aux patients selon leurs pathologies (troubles psychoaffectifs, difficultés sociales ou comportement, troubles sensoriels, physiques ou neurologiques).

La musicothérapie s'appuie sur les liens étroits entre les éléments constitutifs de la musique, et sur l'histoire du sujet. Elle utilise la médiation sonore et/ou musicale afin d'ouvrir ou restaurer la communication et l'expression au sein de la relation dans le registre verbal et/ou non verbal. C'est ainsi que la musicothérapie se divise en deux branches :

-la musicothérapie active, qui consiste à faciliter l’expression de soi; c'est à dire qu'elle fait intervenir des moyens comme le chant, les instruments, et/ou les mouvements.

-la musicothérapie dite réceptive correspond à l’écoute de la musique. L’individu se concentre sur la musique et peut faire surgir des émotions  oubliées ou enfouies. Le thérapeute pourra ensuite utiliser ces émotions pour enrichir la démarche thérapeutique et mettre
à nouveau la musique à contribution.


Interview de Michael Bougon :

Musicien, musicothérapeute

http://www.michaelbougon.com

Michael Bougon travaille notamment avec des adultes trisomiques au sein d'un groupe, Teranga. Ce groupe est constitué de musiciens trisomiques et de musiciens professionnels. Selon Michael Bougon, c'est grâce au travail sur la pulsation musicale qu'ils ont réussi à jouer de la musique ensemble !

Voilà un reportage sur ce groupe (30 min), extrait du DVD Au rythme de l'aventure humaine. (direction artistique et pédagogique : Michael Bougon, réalisation : Cyril Auribault pour http://artis-studio.fr , production : Musique & Handicap 78).

Et voici le titre phare du groupe, "MYTHOMAN" :

site internet du spéctacle intégrant des musiciens handicapés : http://teranga.fr  

Quelle est votre vision de la musicothérapie ?

 

J'essaie de garder la vision la plus large possible, sachant que mon action se destine à un public particulier, c'est-à dire principalement aux personnes handicapées mentales, en groupe. Ceci dit, je suis intervenu pendant 4 ans (1 fois par semaine) au long séjour de l'hôpital de Courbevoie, service gériatrie, pour les patients (personnes enfin de vie) en chambre ; et j'ai aussi travaillé avec des personnes souffrant de troubles psychiques (maniaco-dépression, paranoïa...).

Je pense qu'à la base, la musicothérapie a été mise en place pour des personnes en difficulté, mentale, psychique, ou physique. Historiquement très "ponctuelle", elle s'est petit à petit généralisée vers des publics ou des lieux de prédilection (centre pour handicapés mentaux, hôpitaux). Mais je pense que d'une certaine façon, la musicothérapie a toujours existé et peut toucher tout un chacun dans son quotidien : écouter certaines musiques nous fait du bien, se poser et écouter le ruissellement d'un cours d'eau ou encore le crépitement du feu va nous "calmer", etc... La musicothérapie se sert de choses à la base très simples (faire de la musique, l'écoute, percussions, chant) pour animer une personne et créer un lien relationnel avec elle. Après "2 grandes
approches" se complètent :

- la démarche psychologique (ou musicothérapie passive) qui se sert réellement de la musique comme moyen de communication (sans forcément chercher à jouer de la musique) et se révèle idéale notamment pour des cas lourds avec des gros problèmes de communication.

- la démarche musicale (ou musicothérapie active, dont je suis plus proche) qui cherche plutôt à créer un moment musical avec les participants voire même développer l'apprentissage de percussions (par ex) ou tout simplement du rythme, avec une pédagogie adaptée.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé pour mettre en place votre groupe Teranga avec des personnes atteintes de déficiences mentales ?

 

"Le groupe Teranga s'est monté par la force des choses... C'est à la base un atelier que j'anime depuis plus de 10 ans, et pour lequel on m'a donné un objectif de concert dès le début. Il a fallu alors faire un gros travail sur le rythme et la pulsation musicale qui leur permet aujourd'hui de jouer avec des musiciens professionnels. Puis avec les temps, c'est eux qui ont fait le reste! J'ai juste eu à canaliser leur énergie pour leur permettre de s'exprimer au mieux, avec notamment les solos de djembé et la danse. Maintenant, il est certain que les concerts leur apportent beaucoup de choses comme la fierté, la reconnaissance, beaucoup de bonheur! et une vraie complicité avec les musiciens valides."



Trouvez-vous que ces personnes sont plus intégrées dans la société depuis qu’elles font partie de ce groupe ?


"Certainement, mais Teranga va au-delà de leur intégration propre. En effet, c'est très surprenant pour le public de voire des personnes handicapées sur scène faire un vrai "show" et se donner comme elles le font. C'est à la fois émouvant et entraînant. Et certainement, Teranga contribue à changer le regard de tout un chacun sur les personnes handicapées et sur le Handicap en général, à le changer et surtout à le positiver. Car trop longtemps, l'image des personnes handicapées était assez lourde voir "compatissante" (il en faut aussi!)."


Que faites-vous concrètement avec ces personnes ?


"Avec Teranga, on a beaucoup travaillé le rythme, notamment avec le métronome, les tempos, les nuances... Maintenant que c'est acquis, on travaille plus la mise en scène et le "feeling". On essaie de casser avec la rigidité d'un groupe fixe, pour aller vers quelque chose de plus mobile, chantant, naturel... un genre de retour au sources, tribales...

Pour les autres centres (conservatoire du Pecq, foyer d'handicapés), on pratique surtout le chant, la danse et les percussions, avec toujours ce souci de "caler" la pulsation rythmique pour libérer les autres instruments et le chant."


Travaillez-vous en collaboration avec des musicothérapeutes ?

"Je fais partie de l'association "Musique & handicap 78" (http://www.musiquehandicap.com ) qui rassemble une douzaine de musicothérapeutes qui interviennent sur 50 centres dans les Yvelines. On se voit deux fois par an. Bien qu'il y ait des formations (je n'en ai pas eu), l'expérience sur le terrain est primordiale, et il me paraît une très bonne idée de suivre quelques musicothérapeutes dans leur travail quand c'est possible."

 

Compte-rendu de la rencontre avec Mme Catherine GREYL,

musicothérapeute à Mulhouse

 

Le samedi 12 novembre 2011, à 11 heures, nous avions rendez-vous avec Mme Catherine GREYL, musicothérapeute à Mulhouse. Nous lui avons posé une série de questions, auxquelles elle a aimablement répondu.

Voici une vidéo de notre rendez-vous.

 

Pourquoi avez-vous décidé de vous orienter vers la musicothérapie ? Avez-vous vécu des expériences qui vous ont marquée et qui ont influencé votre choix ?

 

"J'ai commencé à prendre conscience du lien qui m'unissait à la musique entre 11 et 15 ans. C'est en effet à cette période de ma vie que je me suis rendue compte du puissant impact qu'avaient les vibrations du son sur moi-même. J'ai dès lors eu l'envie de partager cette méthode d'apaisement, de relaxation, et, après mes études de psychologie, suis entrée dans l'éducation nationale en tant que conseillère principale d'éducation, dans un collège.

Malheuresement, j'ai été déçue par le faible aspect psychologique du métier, le manque de temporalité psychique. J'ai donc décidé de me reconvertir en tant que musicothérapeute, ce que j'ai réussi après avoir suivi des stages et des formations."

 

Quelle(s) formations avez-vous suivi ?

 

"J'ai suivi plusieurs formations pratiques, ainsi que des stages, notamment dans un centre médico-social précoce, avec des enfants de 2 à 6 ans, ayant des difficultés scolaires."

 

Quelles sont les qualités requises pour le métier de musicothérapeute ?

 

"Je pense qu'il faut tout d'abord aimer la musique, si possible pratiquer ou avoir pratiqué un instrument, être doué en relations humaines, mais aussi savoir écouter et comprendre les patients sans interpréter les résultats obtenus. Il faut également avoir de la patience, car on met parfois du temps à obtenir des résultats et des améliorations, et surtout être très respectueux des patients."

 

Avec quelles « catégories » de personnes travaillez-vous ?

 

"Je travaille essentiellement dans les hôpitaux, avec des personnes cérébro-lésées,des personnes autistes, ou des personnes qui sont dans un état semi-végétatif, qui ont été victimes d'un accident vasculaire cérébral (AVC), ou autres accidents cérébraux (traumatismes, etc...). Je travaille également avec des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer ou de troubles du comportement."

 

Constatez-vous des progrès notables chez vos patients ?

 

"Les progrès sont variables selon les patients, mais on en constate tout de même beaucoup, notamment au niveau de la communication non verbale, mais également de la force physique. J'ai en effet fait un test de danse en fauteuil roulant, et la patiente, au début incapable de résister, a fini par réussir à me tirer vers elle.

On constate également des progrès au niveau de la respiration, du regard, mais aussi des mouvements. Les patients réussissent à jouer d'un instrument, à dialoguer avec moi à l'aide d'un objet intermédiaire (en l'occurence, l'instrument), sur un système de questions-reponses musicales.

La musicothérapie est également un moyen pour les patients d'élargir leur perception de l'environnement, d'entrer en relation avec son propre corps, et avec autrui.

Malgré cela, les progrès mettent parfois du temps à apparaître, car les patients sont, pour la plupart, enfermés dans leur propre pathologie, et souvent très réticents lors des premières séances de musicothérapie."

 

Constate-t-on parfois des effets négatifs sur les patients ?

 

"Oui, c'est déjà arrivé. Dans ce cas, c'était avec un groupe très nombreux ( un groupe de 12 personnes, alors qu'un groupe traditionnel est composé seulement de 3 ou 4 personnes). Le groupe n'était pas du tout volontaire, durant les deux heures de musicothérapie hebdomadaire qu'il devait suivre. Cela s'est soldé par des séquelles, et des troubles comportementaux chez les différents membres du groupe. Les patients étaient fatigués, et très agressifs."

 

Comment se déroule une séance-type ?

 

"Il n'y a pas vraiment de déroulement spécifique, la séance s'organise selon le patient, qu'il faut généralement commencer par mettre en confiance. Commence ensuite un travail de dialogue, et d'adaptation aux goûts et aux âges des patients. Le but est de faire entrer en jeu le plaisir, de prendre des initiatives, afin d'atteindre le JE intérieur, pour que la personne se retrouve elle-même."

 

Quel type de musique utilisez-vous le plus souvent ? Que pensez-vous de l'effet Mozart ?

 

"Comme je l'ai dit précédemment, il n'y a pas de musique spécifique, qui permet d'aboutir à des résultats concluants. Il faut s'adapter aux goûts du patient. Une personne qui n'aime pas la musique classique peut ne pas être réceptive du tout à la musique de Mozart, comme elle peut, au contraire, être receptive à du rap, ou du rock. Cela dépend de l'identité sonore de la personne, qui se construit lorsque l'être humain est à l'était foetal. La musique étudiée à cette période de la vie éveille en effet des sensations chez le foetus qui construit alors son identité sonore."

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